Etoile du matin

Le petit Seng ne craint pas la mort

Mise en ligne Sep 22, 2014 par Etoile du Matin dans Coin Enfants
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Le petit Seng ne craint pas la mort

   C’était en Chine, à une époque troublée. La persécution des chrétiens sévissait. La formule consacrée des Boxers était « Renoncer à la religion chrétienne ou mourir ! »

   Le jeune Seng était chrétien. Sa famille tout entière avait été faite prisonnière et Seng savait qu’il ne la reverrait peut-être jamais plus. Il serrait précieusement dans son cœur les dernières paroles que son père lui avait adressées : « Un chrétien n’a rien à craindre, mon fils, ne l’oublie jamais. »

   Lorsque les Boxers avaient emmené captive la famille du petit Seng, ils avaient épargné le petit garçon. Sa mine intelligente et éveillée avait parlé en sa faveur et les ravisseurs s’étaient dit qu’une fois le père loin, l’enfant ne tarderait pas à oublier la religion chrétienne, qu’ils qualifiaient de stupide, et se montrerait reconnaissant de leur attitude à son égard.

   Lorsqu’ils revinrent, ils étaient accompagnés d’un officier. Seng se mit à trembler, mais il n’en regarda pas moins l’officier bien en face.

- Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? dit l’homme galonné, s’adressant au petit garçon.

- Je suis chrétien, répondit Seng sans hésitation.

- Tu auras le fouet si tu répètes cela, dit durement l’officier.

- Mais, c’est la vérité, Monsieur.

- Suppose que j’ordonne qu’on te fusille. Que diras-tu alors ?

- Mon père m’a toujours dit qu’un chrétien ne doit rien craindre.

- L’officier le regarda fixement, puis le prenant par le bras : « Viens avec moi », dit-il.

   Notre petit ami tremblait de tous ses membres et se disait que quelque chose d’horrible allait sûrement se passer.

   Ils arrivèrent à une maison, la plus belle que Seng ait jamais vue, et y entrèrent. Là, le capitaine s’arrêta, et d’une voix grave, demanda : « Où est ta famille ? »

- Je ne sais pas, Monsieur, les Boxers l’ont emmenée, … et des larmes roulaient le long de ses joues.

- Vous êtes tous fous, déclara l’officier. Saviez-vous qu’il vous suffisait de dire que vous n’étiez pas chrétiens pour échapper ?

   Seng secoua la tête en signe d’affirmation.

- Mais, Monsieur, un chrétien ne ment jamais.

L’officier persista à le regarder fixement. Un instant après, il lui dit :

- Reste ici, je vais revenir pour m’occuper de toi ; tu me promets de rester ?

- Oui, Monsieur, je vous le promets.

   « Il est probablement allé chercher des soldats pour me tuer » se dit notre brave petit homme. Il regarda la porte, elle était entr’ouverte. « Voilà ta chance de salut », lui murmura une petite voix, « sauve-toi vite pendant qu’il en est temps. »

   Puis, comme dans un rêve, Seng crut entendre la voix de son père : Un chrétien n’a rien à craindre. « Certainement, je resterai », dit-il se parlant à lui-même.

   L’officier revint enfin. Il était seul. Pas de soldats pour accomplir la triste besogne. Il regarda Seng avec étonnement.

- Tu es encore là ? Mais pouquoi n’as-tu pas filé ? La porte était ouverte !

- Je vous avais promis de rester, dit Seng.

   L’étonnement de l’officier était à son comble. Il avait intentionnellement fourni à Seng l’occasion de s’évader, et voilà qu’il était resté.

- Ecoute, mon garçon, lui dit-il, je t’aime bien. Je veux te garder chez moi. Dis seulement que tu adoreras mes idoles et j’épargnerai ta jeune vie. Tu seras mon fils. Sinon… tu sais ce qu’on fait aux chrétiens ?

- Oui, Monsieur, répondit Seng, je le sais. Mais je suis chrétien, et je dois rester chrétien.

   L’officier n’avait décidément jamais rencontré un garçon semblable. Il ajouta :

- Je sais que tu es chrétien, mais un jour tu te rendras compte de ta folie… un jour, tu changeras.

   Seng réfléchit profondément. Tout ce qu’il avait à répondre à ces propos était le petit mot : « peut-être », et l’incident était clos. Seng savait bien que s’il prononçait ce seul mot, l’officier, cet homme puissant qui se tenait là devant lui, allait désormais le considérer comme son fils. Mais ce mot, il ne pouvait le prononcer, oh non ! il préférait mourir. Secouant la tête, avec résolution, il dit :

- Oh non, un chrétien ne change pas !

   L’instant de silence qui suivit lui parut interminable.

- Seng, tu es un garçon étrange… mais tu es un brave. Tu seras mon fils même si tu es et si tu dois toujours rester chrétien.